LE CHERCHE-ÉTOILES
ET LES PRINCIPALES CONSTELLATIONS

Texte original par Pierre Paquette
Conférence donnée au Club Astronomie des Moulins
par Pierre Paquette le 7 octobre 2002

Bonsoir

C'est bien beau de sortir dehors et de lever la tête au ciel, pour voir « des millions de belles étoiles », mais si on ne sait pas ce qu'on voit, ça reste ça, « regarder les belles étoiles. » Ce n'est pas qu'il y ait quelque chose de mal avec ça, mais il me semble que c'est beaucoup plus intéressant quand, en plus de seulement voir, on peut savoir. C'est d'ailleurs pour ça qu'il existe sur le marché des milliers de livres d'astronomie, en plus des magazines et des innombrables sites Internet.

Que ce soit pour le matériel imprimé des livres et magazines ou pour le virtuel sur écran d'Internet, on pourra lire tout ce qu'on voudra, mais le fameux proverbe prend toute sa signification, et une image vaut même bien plus que seulement mille mots. Que ce soit une photographie du ciel ou un simple dessin de celui-ci, il ne fait pas de doute que sans image, c'est assez difficile de savoir quelle étoile est quelle.

On trouve donc sur le marché de beaux livres remplis de photos du ciel, et aussi des atlas « dessinés » plus ou moins complets —comme par exemple le Atlas of Deep-Sky Splendors de Hans Vehrenberg ou le Millennium Star Atlas de Roger Synnott et Michael Perryman. Mais ces livres coûtent assez cher —350 $ plus taxes pour le Millennium— et sont peu pratiques pour emporter sur le terrain lors d'une soirée d'observation —le Millennium comporte trois gros livres qui pèsent en tout environ 10 kg et à ce prix, on y pense à deux fois avant de les sortir quand l'air est bien humide. À l'autre extrême du côté prix et du côté encombrement et poids, on trouve une petite carte bien pratique, le cherche-étoiles.

On a par exemple le Alpha, création de Monsieur Maurice Provencher, ancien directeur-général de l'Association des groupes d'astronomes amateurs du Québec et maintenant co-propriétaire de la Maison de l'astronomie, sur la rue Saint-Hubert à Montréal. Je ne veux pas faire de publicité comme tel, mais la nouvelle version de ce cherche-étoiles est essentiellement idéale, fortement repensée par rapport à celle-ci, plus ancienne. Seul problème, elle n'est disponible que chez « Lire la Nature », à Longueuil, puisque son éditeur est associé à ce commerce. « La Maison de l'astronomie » a choisi de vendre son propre cherche-étoiles, de forme ronde.

Je trouve qu'un cherche-étoiles est mal nommé, parce qu'il aide plutôt à trouver les étoiles qu'à les chercher. Je préfère l'appellation « rapporteur d'étoiles » utilisée par le magazine « Astronomie Pratique » des éditions Hachette, même si j'aime moins son format.

Le cherche-étoiles permet de savoir d'un coup quelles étoiles sont visibles à un moment donné et il faut le remarquer, pour un endroit donné —ou plutôt, pour un groupe d'endroits donné, parce qu'il dépend de la latitude du lieu d'observation. Le cherche-étoiles se compose de deux parties : la carte à proprement parler ; et un disque de plastique clair, qui pivote autour d'un axe central. Sur le disque mobile, on retrouve un tracé arrondi (plus clair que le reste du disque dans la nouvelle version du Alpha), qui correspond à la fenêtre de visibilité du moment sélectionné.

Autour de la carte à proprement parler, on retrouve un anneau dans lequel sont inscrites les dates de toute une année, du premier janvier au 31 décembre. Sur certains modèles, comme celui montré ici, on retrouve aussi un anneau avec des heures de 0 à 24, dont on parlera plus tard. Les heures qui nous intéressent pour l'instant sont celles inscrites en bordure du disque mobile : elles correspondent aux heures de la journée.

Vous me voyez peut-être venir, l'heure de la journée devra être alignée vis-à-vis de la date pour que l'on ait dans la fenêtre ovale les étoiles que l'on pourra voir à ce moment. Prenons l'instant présent : 7 octobre, et disons huit heures du soir pour arrondir. Mais attention ! Il n'est pas réellement 20 h, parce que depuis le mois d'avril et jusqu'au 27 octobre, on utilise l'heure avancée, ce qui veut dire qu'il est réellement 19 h.

On trouve donc à quelle place se trouve le 7 octobre sur le tour de la carte (c'est en bas à gauche) et on aligne avec la ligne de 19 heures. On voit donc que l'étoile Déneb du Cygne approche du zénith, et que Mira de la Baleine est sur le point de se lever à l'est. Les points cardinaux étant écrits sur le tour de la fenêtre ovale, on peut facilement se situer dans le ciel, tant que l'on sait à peu près où le nord, le sud, l'est et l'ouest se trouvent par rapport au lieu d'observation.

En utilisant correctement un cherche-étoiles —ce qui est assez simple, comme on vient de le voir—, on peut voir instantanément quelles étoiles sont dans le ciel à un moment donné, et quelles autres sont invisibles. Même si une date « meilleur avant » est inscrite à l'arrière, les étoiles n'auront que très peu bougé après cette date, et n'ont que très peu bougé dans le passé, ce qui fait qu'un cherche-étoiles est essentiellement bon pour la vie —et c'est pour ça qu'on écrit une date derrière, pour en vendre plus ! Il est donc possible de savoir quelles étoiles se levaient, étaient visibles ou se couchaient, ou encore lesquelles se lèveront, seront visibles ou se coucheront pour n'importe quelle date du passé ou du futur.

Sauf que, bon, on voit ces étoiles-là, et le cherche-étoiles donne leurs noms, ainsi que les noms de leurs constellations, mais que doit-on en retenir ? Ou plutôt, quelles étoiles et quelles constellations est-il important de reconnaître ? Parce que même si, sur 88 constellations en tout, seulement 75 environ sont visibles du Québec, ça en fait quand même un bon paquet à apprendre, et on ne peut pas demander à quelqu'un qui débute en astronomie de se souvenir par cœur du nom, de l'aspect et de l'emplacement dans le ciel de 75 groupes d'étoiles différents. Imaginez : j'ai de la difficulté à me souvenir de 10 articles à acheter au magasin !

LA constellation que tout le monde (ou presque) connaît, et qui est de toute façon une des plus importantes et une des plus faciles, est la Grande Ourse —voir ci-contre. Ce que l'on appelle souvent le Chaudron constitue réellement le derrière et la queue de la Grande Ourse. Quoi ? Une queue pour une ourse ? Ben oui… C'est que l'Ourse est une déesse qui a été transformée en Ourse et que Zeus a projetée au ciel par la queue, qui s'est donc étirée sous le coup.

Les deux étoiles du Chaudron qui sont situées à l'opposé de la queue de la Grande Ourse (Merak et Dubhe) nous permettront de trouver l'étoile Polaire : si on imagine une ligne allant de Merak à Dubhe et qu'on l'étire cinq fois, on arrive directement à l'étoile qui nous indique en permanence le nord.

À l'inverse, si on utilise la queue de la Grande Ourse, c'est-à-dire la courbe formée des étoiles Alioth, Mizar et Alkaid, et qu'on poursuit dans la même direction, on arrive à la constellation du Bouvier, plus exactement à son étoile la plus brillante, Arcturus, qui est présentement sur le point de se coucher (7 octobre, vers 20 h HAE).

En continuant encore la courbe imaginaire, mais cette fois en la « serrant » un peu, on arrive à l'étoile Spica, la plus brillante de la constellation de la Vierge.

Si on revient au Chaudron dans la Grande Ourse, et qu'on imagine que le fond du chaudron est percé, on a l'eau qui coule sur le dos du Lion, présentement invisible ; il s'agit d'une constellation de printemps.

Je vais faire maintenant une parenthèse à propos des noms des étoiles et des constellations et de leur histoire. La plupart —mais pas tous— ont une origine arabe. Ainsi, Dubhe est l'abréviation de Thahr al Dubb al Akbar, qui veut dire « le dos de la Grande Ourse. » Merak vient de Al Marakk, qui est la croupe de la même ourse. Phecda est une forme très modifiée de Al Falidh, la cuisse. Megrez enfin vient de Al Maghrez, la base de la queue. Quand on considère que ces noms ont été donnés à ces étoiles vers la fin du Moyen Âge, début de la Renaissance, et qu'ils sont souvent bien plus anciens, on constate que la nomenclature du ciel n'est pas typique de l'homme moderne, ni même des peuples occidentaux, mais a ses racines bien plus loin.

En effet, les noms des constellations proviennent, eux, pour la plupart, des mythes et légendes babyloniens d'il y a quelque cinq mille ans ! Ces noms sont passés aux Grecs (la civilisation principale d'il y a quelque 2 500 ans) puis aux Romains (les maîtres du monde d'il y a 2 000 ans) et aux divers peuples les ayant croisés ou en étant descendus, comme nous-mêmes !

J'ai dit que c'était la plupart des constellations et la plupart des étoiles qui avaient des noms si anciens : d'autres ont des noms plus récents, surtout les constellations de l'hémisphère Sud, qui étaient invisibles aux Babyloniens. Lorsque les savants européens sont arrivés dans les régions australes de la Terre (Afrique, Australie, Amérique du Sud), ils ont vu ces étoiles et constellations, et leur ont donc trouvé des noms. Certains d'entre eux portent la marque de leur nouveauté, comme par exemple Antlia, la Machine Pneumatique, qui n'était certainement pas un appareil utilisé il y a cinq mille ans !

Nous allons maintenant revenir aux étoiles et constellations visibles ce soir.

L'été est fini, mais pas la période de visibilité du Triangle d'été. Il est formé de trois étoiles : Véga de la Lyre dans le coin nord-ouest ; Déneb du Cygne dans le coin nord-est, et Altaïr de l'Aigle dans le coin sud. En plus des trois constellations auxquelles ces étoiles appartiennent, on trouve aussi dans le Triangle d'été les constellations du Renard et de la Flèche, petits groupes d'étoiles faibles qui montrent bien à quel point il est important d'avoir des points de repère brillants pour trouver les objets moins brillants.

Au sud-ouest du Triangle d'été, on trouve le Sagittaire, puis le Scorpion, ce dernier en train de se coucher au moment où on se parle (7 octobre, 20 h HAE). C'est dans leur direction que se trouve le centre de la Voie lactée, qui regorge d'objets diffus spectaculaires, comme les nébuleuses du Lagon (M8) et Trifide (M20), ou encore le Nuage stellaire du Sagittaire, parfois associé à M24.

Au-dessus du Sagittaire et du Scorpion, on trouve les constellations relativement faibles du Serpent (la seule constellation « coupée en deux ») et du Serpentaire Ophiuchus ; au-delà, encore, on trouve Hercule, qui contient le magnifique amas globulaire M13.

Mais ces constellations sont maintenant couchées ou sur le point de se coucher, et on devrait plutôt parler de celles qui seront bientôt en vue…

L'hiver s'en vient assez vite, et avec lui une autre constellation très connue, Orion le chasseur. Ce sera la dernière que nous verrons ce soir. Trois étoiles placées en ligne au milieu de ce groupe permettront de trouver d'autres constellations du ciel d'hiver. En étendant leur ligne vers la gauche (vers le sud-est), on arrive à Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel, dans le Grand Chien. Si on poursuit plutôt la ligne vers la droite (vers le nord-ouest), on trouve Aldébaran, dans la constellation du Taureau.

En prenant les deux étoiles les plus brillantes d'Orion, Rigel et Bételgeuse situées dans les coins, et qu'on poursuit dans la même lancée vers le nord-est, on arrive aux Gémeaux.

Au-dessus (nord comme tel) d'Orion se trouve enfin le Cocher, qui contient les amas globulaires M36, M37 et M38, notamment.

On voit donc à quel point il est important d'avoir des points de repère brillants dans le ciel, qui sont les constellations brillantes et généralement grandes comme la Grande Ourse ou Orion. D'autres moins grandes, comme la Lyre, peuvent être groupées pour servir de guides. Mais en tout temps et avant de se lancer plus loin dans le loisir astronomique, il importe de connaître les grands axes du ciel —tout comme on apprend à connaître les grands boulevards d'une ville avant d'en connaître les rues et ruelles !

Comme j'ai dit dans une de mes conférences de l'an dernier, il est très important d'observer, d'observer et d'encore observer, puisque c'est comme ça que l'on apprend à bien connaître le ciel… et peut-être un jour à y voir quelque chose de nouveau !… ou au moins de nouveau pour vous !

Merci, et bonne soirée !

Pierre Paquette
7 octobre 2002