| LE BILLET DU MOIS D'OCTOBRE 2006
Nos microbes sont-ils en train de contaminer l'Univers ? Extrait de Québec Science Mai 2006
Une rencontre du troisième type pourrait se produire
sur des planètes explorées par l'homme.
Les protagonistes : des terrestres et extraterrestres.
Des biologistes craignent une « collision des écologies ».
Il y a de la vie sur Mars! Un milliard ou quelques milliers d'êtres vivants : on ne le sait pas vraiment. Ces visiteurs sont des Terriens arrivés à bord d'un vaisseau spatial. Il ont survécu à un voyage de 300 millions de kilomètres dans l'espace glacial, puis se sont installés sur un sol bombardé de radiations mortelles, sans eau ni oxygène. Depuis, ils s'y prélassent en toute quiétude.
Ces Terriens n'ont ni bras ni tête, ni REER : ce sont des banales bactéries. « Le genre qu'on trouve sur le capot de notre voiture ». Pourquoi s'inquiéter de quelques milliers de bestioles microscopiques ? « On ne veut pas se découvrir soi-même ! ». Et comment différencier les bactéries apportées de la Terre d'éventuelles formes de vie indigènes ? Autre problème plus grave : ces bactéries pourraient envahir la planète rouge et y détruire la vie qui y existe peut-être.
L'affaire est prise très au sérieux. À la NASA, le Bureau de la protection planétaire (Planetary Protection Office) tente d'établir des protocoles pour permettre l'exploration des planètes, lunes et autres astéroïdes sans les contaminer.
Ainsi, quand en 1976, les sondes Viking ont été lancées vers Mars, la NASA les a désinfectées avec beaucoup d'application. Pas à l'aide d'eau de Javel, mais d'azote gazeux à 1170 C. Une toilette très onéreuse qui a fait grimper le budget de la mission de 5%. Au retour des sondes, après analyse des échantillons de poussière et de roches qu'elles ont rapportés, la NASA conclut que le sol martien est stérile. À l'avenir, plus besoin de désinfecter les engins spatiaux ....
 Le robot Opportunity se balade sur Mars avec quelque 200 000 bactéries apportées de la Terre. Combien d'entre elles sont encore vivantes
Les biochimistes se contentent depuis d'évaluer la taille de la colonie bactérienne qui s'accroche aux parois. Avant leur départ, les deux robots Spirit et Opportunity (qui arpentent la planète rouge depuis janvier 2004) portaient 200 000 bactéries chacun. Malgré les rigueurs du voyage et l'inhospitalité de leur terre d'accueil, un certain nombre d'entre elles sont probablement toujours vivantes.
Lorsqu'une bactérie se sent menacée, elle produit une petite sphère très dure, « la spore » et y abrite une copie de son génome. À l'intérieur de cette coquille, l'ADN est protégé des impitoyables rayons ultraviolets (UV) provenant du Soleil. En laboratoire, on a exposé des spores de « Bacillus subtilis » à des niveaux de radiation comparables à ceux de Mars. 99.9% d'entre elles sont mortes en 30 secondes. Après 15 minutes, il ne restait aucune survivante sur une population de deux millions.
À moins que ces petites bêtes n'ait eu l'intelligence de se réfugier à l'intérieur du véhicule, elles seraient capable ainsi de sommeiller pendant un million d'années, puis de renaître si l'environnement redevient favorable à la surface de Mars. Il y a quelques milliards d'années, les « Bacillus subtilis », se serait sans doute senties à l'aise sur Mars. Les roches que les véhicules Spirit et Opportunity y ont repérées semblent avoir trempé dans l'eau. Mais aujourd'hui, si vie il y a, elle se trouve peut-être dans les eaux souterraines, sous la calotte glacière des pôles ou au fond des volcans.

Depuis vingt ans, on sait que certaines bactéries peuvent vivre dans des environnement extrêmes, d'où leur nom « extrêmemophiles ». En fait, on en connaît que 1% des bactéries, affirme Hojatollah Vali. En 1996, ce docteur de l'Université McGill a découvert des traces de vie bactérienne dans un météorite martien tombé en antarctique. Si on veut caractériser la génétique d'une bactérie, il faut la cultiver en laboratoire. Or 99% des bactéries ne se développent pas dans une boîte de Pétrie. Difficile, dans ces conditions, de prévoir ce qui arrivera des bacilles terrestres installés sur Mars ? Comment réagiront-ils si, par hasard, ils croisent des formes de vie extraterrestre ? C'est une question de 435 milliards $ (soit le budget de l'exploration martienne : plus de 17 milliards $ par année pour les 25 prochaines années). S'établir sur Mars est-il vraiment une priorité pour l'humanité ? Photo ci-haut : La coriace Bacillus anthracis pourrait peut-être survivre aux conditions qui prévalent sur Mars !
Dale Andersen soupire : « On pourrait bien sûr utiliser cet argent pour nourrir les gens qui meurent de faim. Mais, en même temps, découvrir la vie sur Mars nous en apprendra beaucoup sur nos origines. Sur Terre, tous les organismes vivants sont constitués des même 21 acides animés. Les formes de vie martiennes sont peut-être totalement différentes. » Chris McKay rêve aussi d'y découvrir une « seconde genèse ». « Toute notre médecine, du contrôle des parasites à la mise au point des antibiotiques, est issue de l'étude d'un seul exemple d'architecture de vie. Imaginez les retombées scientifiques si on découvrait de la vie sur Mars... » À condition qu'il ne s'agisse pas, bien sûr, de bactéries humaines mutantes ...
GLA
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